Détail Essai - Théâtre et cinéma

Prise de parole

Présentation

A l’origine, le rapport du théâtre au cinéma était plutôt conflictuel. Dès sa naissance, ce dernier fut relégué au rang d’art mineur, d’un rabais du théâtre, tout juste bon à distraire les masses populaires. Ce malentendu n’allait se dissiper qu’avec la production d’une littérature abondante qui a permis de restituer à chacun de ces deux arts ses lettres de noblesse. Cet ouvrage d’Issam El Yousfi est une contribution qui s’inscrit dans ce prolongement. C’est ce qui fait tout son intérêt mais risque aussi de faire sa limite. D’ailleurs, à se suffire de l’intitulé de l’ouvrage, on ne manquerait probablement pas de se demander ce que l’auteur peut dire qui n’aura pas été dit. Pour le bonheur du lecteur, l’idée s’impose au fil de la lecture, qu’il s’agit d’une contribution efficace et, à plusieurs égards, véritablement originale.
Cependant, il faut se laisser volontiers guider par l’auteur pour pouvoir pénétrer les profondeurs et les recoins de ce petit édifice dont on voit parfaitement l’architecture. De fait, l’analyse de monsieur El Yousfi met en rapport les deux modes d’expression artistique dont la naissance et l’évolution sont aux antipodes l’une de l’autre : la première, le théâtre qui plonge ses racines dans le temps et interpelle l’expression par le corps ; l’autre, le cinéma qui est un pur produit de la modernité et dont l’essence passe à travers le visuel. Heureusement, tout au long des deux parties de son ouvrage, l’auteur ne verse jamais dans le didactisme stérile mais tente d’explorer à la fois l’écriture spécifique et le mode de fonctionnement de chacun des deux arts.
Rien qu’à ce niveau, l’analyse acquiert sa légitimité d’effort qui mérite réflexion. Mais, elle fait mieux que cela : d’une part, éviter l’écueil d’une théorisation académique qui le force à ressasser les idées, longuement ressassées, débattues et rééditées ; d’autre part celui du comparatisme qui s’empêtre dans le descriptif sur le compte de l’analytique.
Dans ce travail, il n’est pas question cependant, comme le dit l’auteur lui-même, de marquer la spécificité liée au genre ou de nier le particularisme de chacun de ces deux modes d’expression. L’objectif est de mettre en exergue leurs points de convergence et de complémentarité, c'est-à-dire en somme les lieux de leur intertextualité et surtout, d’évacuer certaines idées convenues concernant la place de l’acteur, les exigences de l’adaptation, la notion de temps.
Deux atouts qui nous permettent de lire ce travail avec une réelle motivation et pas mal de plaisir.

Préface écrite par Mohamed Gallaoui

Oeuvres: